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Liana Aghajanian : Croiser science et droits souverains des Américains autochtones / Examining Intersection Of Native American Sovereignity and Science

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 © Quinn Dombrowski from Berkeley, USA - Day 286 : Indigenous Peoples Day
CC BY-SA 2.0 / https: //commons.wikimedia.org


Liana Aghajanian :
croiser science et droits souverains des Américains autochtones
par Gloria Muñoz


LOS ANGELES (IVOH) - Tout à son projet Images and Voices of Hope (IVOH), pour lequel elle a obtenu une bourse de recherche, Liana Aghajanian s'est entretenue avec des anthropologues et s'est rendue dans un laboratoire d'analyses génétiques qui abrite des restes d'indigènes. Son projet, inspiré par la collaboration entre tribus américaines autochtones et scientifiques pour aider les communautés indigènes à recouvrer les ossements de leurs ancêtres, a conduit Aghajanian à accompagner des étho-anthropologues et une tribu américaine autochtone en Alaska. Comme on le verra, elle dut se conformer aux règles et subir un prélèvement d'ADN pour intégrer le laboratoire.
Aghajanian appartient à cette trempe de journaliste. Elle plonge en eau profonde et s'immerge dans ses recherches et expériences. Comme son site1 le précise, cette journaliste arméno-américaine a beaucoup voyagé, s'intéressant à tout, de l'utilisation médicale de la marijuana en unités de soins palliatifs à l'unique laboratoire judiciaire traitant les crimes contre les animaux. Elle a le don et la passion de couvrir des communautés et des thèmes méconnus. Dans le cas qui nous occupe, le projet de recherche d'Aghajanian tente de faire prendre conscience du profond traumatisme générationnel des populations autochtones d'Amérique.
Outre le fait d'être membre d'IVOH, Aghajanian est lauréate de l'International Reporting Project, catégorie Global Religion Reporting, de la Metlife Foundation Journalists in Aging Fellowship, et de la Fondation Hrant Dink pour le dialogue turco-arménien. En 2015, elle a obtenu une résidence Write A House, qui l'a amenée à s'installer à Detroit, dans le Michigan.

- Gloria Muñoz : Qu'est-ce qui t'a amenée au projet Restorative Narrative [Récits réparateurs] de l'IVOH ?
- Liana Aghajanian : J'ai l'impression d'avoir toujours recherché des récits qui tombaient dans le cadre du projet Restorative Narrative, que ce soit pour en rendre compte ou les lire, mais sans jamais savoir comment les définir, ni même si cette catégorie existait. Je pense que cet intérêt provient du fait qu'une grande part de mon parcours - à la fois l'histoire de l'arrivée de ma famille en Amérique comme réfugiés et le caractère historique de mon identité ethnique arménienne - est en soi un véritable récit réparateur, qui me semblait donc familier et répondant intrinsèquement à mon identité.
J'étais attirée par l'idée de ce que reconstruire signifie, et comment les réalités de la reconstruction sont souvent plus compliquées - à la fois dans les défis et les résiliences qu'elles supposent - que nous avons tendance à les voir. Je me disais que cette bourse de recherche me donnerait vraiment une opportunité d'explorer cette complexité de façon globale.

- Gloria Muñoz : Parle-nous de ton travail et de ta méthode de recherche.
- Liana Aghajanian : Mon travail porte sur le rapatriement des restes d'Américains autochtones et sur la relation souvent tendue entre les communautés indigènes et les scientifiques et institutions éducatives. Il implique l'impact toujours persistant d'un traumatisme historique comme le génocide, l'éthique des sciences et de la politique comme le Native American Graves and Repatriation Act [Loi sur les tombes et le rapatriement des Américains autochtones], l'ADN, tout en étudiant comment ces deux groupes tentent de remédier à cette relation. Il explore la prise en main du passé : ces restes sont-ils des ancêtres ou des artefacts ? Qui prend la décision ? Et se peut-il qu'ils soient les deux à la fois ?
Mon étude suit un groupe d'étho-anthropologues et une tribu autochtone d'Amérique prenant leurs marques dans un projet pionnier pour voir si une cicatrisation d'ordre culturel et une compréhension du monde via la science sont réalisables, alors que souvent ces deux objectifs sont antagonistes. J'accompagnerai les anthropologues dans un voyage en Alaska cet été pour observer en direct ce processus et passer du temps avec la tribu. J'espère restituer ce processus épineux de vérité, ainsi que tous les défis annexes, à mesure qu'ils tenteront de collaborer.

- Gloria Muñoz : En quoi cette bourse de recherche t'aide à entreprendre et à raconter cette histoire ?
- Liana Aghajanian : Le soutien que ce programme m'apporte est essentiel au regard de cette histoire. Bénéficier de cette opportunité d'interagir avec un groupe aussi dynamique de journalistes, de pouvoir échanger entre nous et d'apprendre de nos projets respectifs compte beaucoup pour moi en tant que journaliste indépendante qui n'interagit pas souvent à ce niveau avec mes homologues. Les conseils que l'équipe d'IVOH m'a apportés m'ont beaucoup aidée.
L'aide précieuse de Jacqui Banasyznki m'a permis de me focaliser et de préciser non seulement les thèmes essentiels, mais aussi la structure de mon étude. Sa présence, ses retours constructifs, son enthousiasme et son expertise dans le métier du journalisme ont véritablement optimisé ma recherche.

- Gloria Muñoz : Qu'as-tu appris jusqu'ici du projet Restorative Narratives ?
- Liana Aghajanian : Ce que j'ai appris d'essentiel dans ce projet c'est que ces histoires sont compliquées, elles incluent à la fois la résilience et le réel, reflétant au plus près la vie à maints égards. Restituées avec justesse, je pense que ces récits ont vraiment le pouvoir d'avoir un impact sur la vie des gens. Autre chose que j'ai apprise, la force donnée à ces récits pour les gens dont tu racontes les histoires dans ce contexte. Ce type d'approche, qui t'oblige à ralentir ta méthode de recherche et à te demander tout d'abord pourquoi tu racontes cette histoire, a aussi un impact sur ceux qui t'accordent le privilège de rendre compte de leurs existences.

- Gloria Muñoz : Grâce à ce projet, nous (l'équipe d'IVOH) en avons appris plus sur ta résidence Write A House. Pourrais-tu nous dire en quoi ton séjour à Detroit a influencé ton travail de création et tes projets d'écriture ?
- Liana Aghajanian : Participer à une résidence Write A House, une association à but non lucratif unique qui héberge des écrivains à Detroit, est l'une des expériences les plus profondes, les plus bouleversantes de ma vie. Detroit est une ville qui ne propose pas de solutions simples, mais qui pose beaucoup de questions. J'avais envie de venir ici parce que je savais que c'était un endroit que l'on ne peut pas comprendre à distance. La complexité et les contradictions de ce lieu (sans parler de son histoire incroyablement riche) restent souvent méconnues, sinon ignorées, au plan national. Les gens ont une opinion plus sévère sur Detroit que sur d'autres endroits où je me suis trouvée, quelle que soit la distance qui les séparent de cette ville. Donc le fait d'être là, jour après jour, et d'essayer de comprendre un lieu qui donne vraiment l'impression d'englober l'histoire complexe de l'Amérique, m'a fait beaucoup réfléchir au type de travail que je mène. J'adore le journalisme slow [sans pression - NdT]. J'adore découvrir des gens et des lieux au fil du temps et le fait de me trouver à Detroit m'a vraiment aidée à avancer dans le sens de ces histoires.

- Gloria Muñoz : Quel conseil donnerais-tu à d'autres professionnels des médias qui aimeraient raconter des récits réparateurs ?
- Liana Aghajanian : Même si, à mon avis,chaque histoire peut ou a vocation à être un récit réparateur, prendre le temps d'étudier ce que signifie un récit réparateur est important. Je veux dire par là qu'il est très facile de s'imaginer que cela revient à raconter une belle histoire qui se termine bien, alors qu'en réalité c'est tout le contraire - il s'agit de raconter une histoire dans sa totalité, autant que possible, d'expliquer comment des gens et des lieux tentent de jongler et d'engager un processus de reprise à la fois frustrant et bénéfique. J'y crois aussi car, du fait des moments difficiles que nous rencontrons dans le journalisme et la société dans son ensemble, ces récits sont plus nécessaires que jamais. Ils doivent être diffusés le plus largement possible au plan éditorial, car ils encouragent le dialogue et reflètent des thèmes universels dans lesquels les lecteurs peuvent vraiment se reconnaître.                           

NdT


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Traduction : © Georges Festa - 11.2017

site d'IVOH : http://ivoh.org/



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