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After Genocide: From Trauma to Rebirth: a Gendered Perspective / Après le génocide - Du traumatisme à la renaissance : une perspective de genre

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Après le génocide - Du traumatisme à la renaissance :
une perspective de genre
par Lara Tcholakian


J'ai eu le privilège de participer au colloque "After Genocide: From Trauma to Rebirth: A Gendered Perspective," organisé par l'association Women in War en collaboration avec l'Union Générale Arménienne de Bienfaisance (UGAB)1. 

Etant que doctorante, j'étais ravie d'être à Erevan lors de ce colloque, qui précédait symboliquement les célébrations et commémorations du 25ème anniversaire de l'Arménie comme République.

Descendante à la troisième génération du génocide arménien, ma recherche porte sur les effets de la transmission du traumatisme collectif sur le développement du leadership et la gestion du leadership. Etant donné le contexte de ma recherche, ce colloque et son programme remarquable nous ont donné accès à de nombreux aspects du traumatisme, du genre, du génocide et de l'après-génocide. Nous avons été témoins du déroulement des récits générationnels et nous avons participé de près à une prise de conscience.

Les intervenants invités étaient issus de nationalités et cultures très diverses, et ont abordé - sans s'y limiter - des thèmes comme la Bosnie, le Cambodge, le Guatemala, le Rwanda, les génocides juif et arménien.

Dans presque chaque exposé, une expérience traumatique inévitable était présente,  concernant non seulement les femmes, mais aussi les enfants et petits-enfants. Il est évident que les descendants d'un traumatisme doivent faire face aux traumatismes de leurs parents et grands-parents, et parfois même le représenter.

L'identité d'une personne est façonnée par l'histoire, la culture et la religion auxquels il/elle se sent rattaché(e). Si un groupe collectif a vécu un traumatisme tel qu'un génocide, les conséquences et l'impact d'un traumatisme collectif de ce genre seront alors transmis ici et maintenant.

Les traumatismes dus à l'homme sur les groupes collectifs n'affectent pas seulement le survivant, mais ils ont aussi des conséquences psychologiques indirectes sur les générations suivantes. Les dernières générations sont nées avec le fardeau de comprendre ce qui s'est passé avant leur naissance, et de donner sens à leur vie. Les recherches montrent qu'il existe des effets biologiques, psychologiques et moraux postérieurs au traumatisme. Un sujet aussi grave que le traumatisme ou l'après-génocide nécessite l'intervention de psychanalystes et de psychologues.

Pour les chercheurs qui travaillent sur les récits transgénérationnels et l'impact de l'après-génocide, il aurait été important d'intégrer des composantes psychologiques et psychoanalytiques à ce colloque.   

Quoi qu'il en soit, un large éventail d'anthropologues, de sociologues, d'historiens et de spécialistes ont contribué à révéler et à valider de quelle manière la communication consciente et inconsciente entre les survivants de descendants porte ces héritages de transmissions, et quelles formes peut prendre la résilience humaine.

Ce colloque visait à permettre aux participants de vivre intimement et d'éprouver leurs propres récits transgénérationnels, en les aidant à prendre conscience de leur identité et de leur mémoire collective. Des périodes de débats ont été proposées aux participants afin d'exprimer leurs réactions à des récits dérangeants et faciliter une intégration plus profonde du matériau.

Centrés sur le traumatisme collectif, le discours et la mémoire transmise, la plupart des intervenants ont parlé non seulement à ma recherche, mais aussi à mon cœur. Quelle que soit notre condition physique, tous les traumatismes et tous les génocides devraient toujours nous toucher.

Le rôle de ce type de colloque n'est pas seulement de partager les connaissances, mais de partager des récits, afin que notre conscient et nos cœurs s'expriment en période de difficulté et fassent savoir que la haine, la violence et le traumatisme ne sont une bonne chose pour personne, en particulier nos enfants et nos petits-enfants qui vont porter l'impact du traumatisme.

Kundera a déclaré un jour : "Pour liquider les peuples, disait Hübl, on commence par leur enlever la mémoire. On détruit leurs livres, leur culture, leur histoire. Et quelqu’un d’autre leur écrit d’autres livres, leur donne une autre culture et leur invente une autre Histoire. Ensuite le peuple commence lentement à oublier ce qu'il est, et ce qu'il était. Le monde autour de lui l'oublie encore plus vite."2 

A ce propos, Beata Mairess Umumbyeyi, romancière rwandaise, a déclaré si justement lors de son intervention : "Nous devons continuer à écrire et à parler, pour que l'histoire ne soit pas oubliée ou effacée."

Le colloque "After Genocide - From Trauma to Rebirth: A Gendered Perspective" avait un objectif spécifique : éclairer un thème actuel extrêmement important et dérangeant. Il nous a aidés à apprendre de chacun son expérience et à nous motiver pour continuer à protéger les droits de l'homme et lutter pour un développement plus sain de nos enfants.

NdT

1. "After Genocide: From Trauma to Rebirth: A Gendered Perspective," International Conference in Yerevan, September 17-18-19, 2016 (Women in War, Institute of Archaeology and Ethnography, AGBU, DVV International, avec le soutien de Agence Universitaire de la Francophonie). Programme détaillé : https://fr-fr.facebook.com/events/287725908263612
2. Milan Kundera, Le Livre du rire et de l'oubli, traduit du tchèque par François Kerel, Paris : Gallimard, 1979  

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Traduction : © Georges Festa - 07.2017



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