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La poésie arménienne aux 16ème et 17ème siècles / Armenian poetry in the 16th and 17th centuries

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Նաղաշ Հովնաթան [Naghach Hovnatan] (1661-1722)
© http://www.armenianlanguage.am/am/


La poésie arménienne aux 16ème et 17ème siècles
par Eddie Arnavoudian
Groong, 17.04.2017


Outre un bel essai littéraire, LaPoésie arménienne à la fin du Moyen Age : 16ème et 17ème siècles (Erevan, 1975, 336 p.) [en arménien - NdT], d'Hasmik Sahakian, représente une contribution importante à l'histoire intellectuelle et sociale du développement national de l'Arménie moderne. Sahakian commence en citant Manuk Abeghian, le doyen des historiens de la littérature arménienne. "Le 16ème siècle et le premier quart du 17ème furent, écrit-il, les périodes les plus sombres de la vie et des lettres arméniennes." Il ajoute cependant qu'une "nouvelle période de renouveau commence" (p. 6), tandis que le conflit séculaire entre l'empire ottoman et l'Iran, livré principalement en territoire arménien, prend fin en 1639. Dans la vie littéraire, cette renaissance fut une véritable révolution culturelle.

A une époque de paix relative, le progrès économique suscita de nouvelles forces économiques, de nouveaux groupements de marchands, de négociants et d'artisans, ainsi qu'une vie sociale et culturelle nouvelle dans leur sillage, sous l'égide d'une intelligentsia laïque émergente. Dans l'art et la littérature, une sensibilité profane, une célébration de la vie quotidienne, faite de sagesse populaire et d'un style à part, se font jour, contestant une culture qu'étouffe une Eglise bornée et rigoriste. Dans la plus pure tradition critique, les poètes dénoncent la cupidité et l'avarice d'élites nanties, s'agenouillant de surcroît devant des empires conquérants. En lutte contre ces puissances occupantes étrangères et leurs représentants au sein de l'Eglise arménienne, ces poètes annoncent l'émergence d'une sensibilité nationale arménienne moderne. Précisons qu'une grande partie de la poésie de cette époque est écrite dans une langue littéraire moderne en évolution, comprise du peuple. Bien qu'embryonnaires, un esprit de renouveau et des valeurs démocratiques se diffusaient.

Malheureusement, cet apport tombera pour l'essentiel sous le coup d'une contre-révolution dirigée par l'Eglise. Prête à tout pour ne pas être supplantée par une intelligentsia laïque progressiste, qui annonçait sa fin, l'Eglise, de concert avec les élites arméniennes et leurs impériaux protecteurs, resserra les rangs et imposa à nouveau son idéologie et son dogme ossifiés sur la vie culturelle, ainsi que sa langue classique socialement obsolète. A bien des égards, nous en vivons aujourd'hui les conséquences, au 21ème siècle !

I. Le paysage littéraire aux 16ème et 17ème siècles

Ces deux siècles furent témoins d'une émancipation progressive de la littérature d'une soumission exclusive à la hiérarchie ecclésiastique. Une classe d'écrivains, de poètes et d'artistes, pour certains appartenant à l'Eglise, se rapproche du quotidien vécu par le peuple. Pour la première fois depuis la création au 5ème siècle de l'alphabet arménien, une littérature profane gagne de manière significative le terrain de l'écrit et de l'imprimé, réservé jusqu'alors aux affaires religieuses. Les poètes contestent non seulement le monopole de l'Eglise sur l'écrit, mais aussi son mépris pour la vie du peuple et la culture populaire (p. 183, 187, 188, 323).

Au début, néanmoins, désireux d'accéder à un paysage littéraire d'après-guerre en ruines, les poètes s'appuient sur l'ancienne tradition imitant le passé, via une poésie religieuse toute de pénitence et de repentance, de récits bibliques, de dédicaces aux rituels de l'Eglise, aux funérailles, aux mariages et aux naissances (p. 22-24). Dans le cadre d'une ferveur religieuse en recul, cette poésie pieuse est dénuée de l'émotion, de l'âme et de l'exaltation des premiers temps. Pourtant, chez les meilleurs poètes - Khasbek, Tavit Saltsoretsi, Galoust Gayzag - des styles, des formes et des images neuves, une langue nouvelle, font surface.

Les récits religieux sont empreints d'une sensibilité toute terrestre, nourrie d'images de la vie d'alors, d'accents et de sagesse populaires (p. 40). Le Christ, par exemple, est humanisé, se révélant vulnérable et réclamant "sa maman" (p. 28-30, 32). Le péché est souvent représenté par l'appât du gain (p. 40). Au lieu de célébrer la transition vers le paradis, les hymnes funèbres regrettent le passage du bonheur terrestre. Qui plus est, cet arménien écrit, encore classique, est désormais souvent influencé par le vulgaire, se muant en une langue compréhensible par tous. Indépendamment de son assise esthétique, une grande part de cette poésie qui célèbre l'Eglise, ses dirigeants, ses monastères ou ses martyrs, constitue aussi un riche répertoire de données sur la vie sociale aux 16ème et 17ème siècles, inaccessibles autrement.

Mais c'est l'épanouissement de la poésie amoureuse et profane qui exprime le plus nettement la nouveauté. La poésie amoureuse antérieure, abstraite, brillante et puissante à sa manière, cède désormais la place à l'amour terrestre entre des hommes et des femmes concrets, bien vivants, animés d'un désir charnel et érotique (p. 175, 180, 181). Les femmes y occupent souvent la scène (p. 175). Rappelant l'amour juvénile de sa femme décédée, un poète écrit :

Ce n'était que ténèbres lorsqu'elle apparut, souriante et joyeuse, pour me dire :
Ton amour porte ses fruits, ton appel est entendu.
Rieuse, ton invitée vient passer la nuit
Mangeons, buvons du vin et repaissons notre amour ardent !                

Les odes à la fête, au vin, à la bonne chère et au bonheur abondent. Même les prêtres s'y mettent ! (p. 240, 248-250) De plus en plus, l'Eglise et la prière se font rares, reléguées à des périodes déterminées, laissant le temps qui reste au plaisir et à la fête (p. 238).

Dans une poésie profane naissante, empreinte souvent de satire et de comédie, la vie des gens ordinaires et des ordres inférieurs du clergé passe au premier plan. Le détail le plus banal est jugé digne d'une touche poétique - une rage de dents ou la mort d'un cheval adoré, par exemple. La nature s'adresse aussi aux hommes et aux femmes (p. 233, 237, 239). Aux yeux de maints poètes, "la nature n'est pas seulement la manifestation de la grandeur et de la générosité divine. Elle n'est pas seulement la preuve de la puissance créatrice de Dieu, que nous devons glorifier. Elle constitue avant tout l'environnement dans lequel l'homme et la femme vivent et travaillent." (p. 220-226)

L'Ode aux fleurs de Saltsoretsi en témoigne à la perfection, encyclopédie en vers sur une centaine de fleurs, botanique enchantée détaillant couleurs, fragrances, régions d'élection et usages possibles.

Cette sensibilité profane atteint un sommet artistique avec Naghach Hovnatan qui exhorte ainsi son lecteur :

Qui sait ce que le lendemain nous réserve
La vie est comme une fleur sauvage
Aujourd'hui elle s'épanouit, demain elle disparaît
Buvons, mes frères ! 

II. L'esprit critique et...

L'intelligentsia nouvelle ne s'intéresse pas seulement au bonheur. Elle vitupère l'emprise du clergé sur les communautés arméniennes, l'excès de richesses, les souffrances des migrants et l'assimilation forcée, au sein de leur patrie et en diaspora ! Dans une poésie qui fait sienne l'opposition à l'oppression étrangère, une affirmation nouvelle de l'identité nationale est aussi manifeste.

Simon de Pologne, Hagop Séretsi, Martiros de Crimée, Kossa Yéretsi, Stépanos Tachdetsi et Naghach Hovnatan s'en prennent tous à un clergé vénal, ignare et discrédité. Sahakian cite ces poètes qui "fustigent le haut clergé" pour "sa cupidité, son goût du lucre, son hypocrisie, son ignorance et son immoralité" (p. 75). Elle relève la dénonciation de ces prêtres qui "réclament des bakchichs à autrui" et qui "les persécutent," en cas de refus. Tel poète écrit que les prêtres n'ont souvent "aucun respect pour la loi" et "la froisseraient pour un simple bakchich" (p. 77). Le bas clergé n'est pas épargné :

"Ils arborent une tunique de soie blanche
Et possèdent moutons et bétail sans nombre

[...] Eux
Prisent leur vin et exècrent les sages conseils
Idolâtres de l'argent ils sont avares
et n'ont de cesse d'éviter les miséreux."(p. 76)

La classe marchande n'échappe pas davantage au fer du poète. Tachdetsi et le génial Yérémiah Kyoumourdjian sont scandalisés par les excès et la décadence de l'ancienne classe marchande des Khodja1 et sa collaboration avec la tyrannie au pouvoir en Iran. "Par des mots sévères et des épithètes indignés," Kyoumourdjian "met à nu leur appât du gain, leur fourberie, leur égoïsme et leur matérialisme" (p. 137-8). Tachdetsi, lui aussi, "révèle leur morale décrépite et leur déchéance personnelle" (p. 138). Historien du social et biographe réputé de Mikael Nalbandian, Achot Hovanissian soutient, de fait, que Tachdetsi exprime la vision d'une classe marchande moderne européanisée, opposée à l'ancien ordre commercial aménien, intégré et soumis aux empires ottoman et iranien.

Vertanés Sérenguetsi et Tachdetsi mobilisent raison, science et enseignement au service d'un combat progressiste au plan culturel et social, visant à vaincre ignorance, obscurantisme et préjugés. Sérenguetsi n'a que mépris pour ceux "qui, bien que possédant de magnifiques ouvrages dorés à la feuille, ne savent pas lire et, de surcroît, refusent aux autres ce droit" (p. 90). "Le livre est un trésor de savoir," ajoute-t-il, "un phare." Mais malheureusement :

Tandis que l'un éclaire sa lanterne et la hisse,
L'autre, insensé, la rabaisse et l'enferme dans un coffre."(p. 90)

Sous un angle plus pratique, Stépanos Tachdetsi crée des énigmes en forme de quatuors à résoudre sur les instruments, outils, produits et armements d'alors, illustrant les toutes dernières technologies entrées au pays - montres, miroirs, compas, fusils (p. 93).

III. Le renouveau d'une nation

Les manifestations d'une renaissance politique et nationale accompagnent littérature et culture via une réflexion poétique sur les souffrances et un avenir possible des communautés arméniennes dans leur patrie ou au sein d'une diaspora en plein essor, prospère et hautement organisée. Tandis que le récit poétique relate les guerres, les luttes, l'exode et la destruction subis par les Arméniens, une prise de conscience du handicap lié à l'absence d'Etat arménien se fait jour en son centre.

Fait notable, la véhémence avec laquelle les poètes dénoncent la perte d'indépendance comme cause des malheurs de l'oppression étrangère par des Etats chrétiens, qui plus est ! Protestant peut-être contre l'assimilation forcée de la nombreuse communauté arménienne par l'Eglise catholique polonaise, Simon de Pologne écrit :

Sans rois oints
Ni Etat
Nous sommes les opprimés des nations
Des chrétiens et d'ailleurs

Hovhannès de Mouch répète :

Nos rois sont morts, tout comme nos seigneurs sur cette terre
Nous voilà orphelins, tandis que loups et bêtes règnent (p. 158)

Plus intéressante, la critique de la domination impériale qui apparaît dans deux épopées historiques de Kyoumourdjian - Brève Histoire des souverains ottomans (p. 115) et Histoire d'Istanbul (p. 120). Ecrites en langue vulgaire, obéissant à une tradition quasi populaire (p. 140), elles révèlent une haine contre la barbarie de l'Etat ottoman et une prise de conscience de l'oppression que subit l'ensemble des communautés au sein de cet empire. Sahakian écrit :

"L'opposition de Kyoumourdjian à l'Etat est manifeste dans son insistance à dénoncer l'oppression et la persécution des populations non turques dans l'empire ottoman. Il détaille leurs souffrances, relève le lourd fardeau de taxes et autres impositions qui pèsent sur eux. Il note les persécutions religieuses, ainsi que la destruction des monastères, des églises et des villes." (p. 116-7)

Kyoumourdjian dépeint la polarisation démentielle des riches et des miséreux, ceux-ci soutenant ceux-là. Un long passage consacré à une chasse royale souligne les privilèges et le luxe des chasseurs d'un côté, et de l'autre la condition misérable, glaciale de leurs domestiques. "Dans la même veine," note Sahakian, "Kyoumourdjian évoque aussi la situation des esclaves sur un marché d'esclaves" (p. 121).

En dépit d'une conscience aiguë de l'oppression sociale et nationale de l'Arménie, leurs conceptions d'une libération sont viciées par des siècles d'impuissance politique, due à l'absence d'Etat. La gangrène d'une politique de dépendance, un développement national lié à des puissances étrangères ont pris racine dans la vie des Arméniens et sont aussi présents à cette époque. Stépanos Tachdetsi l'exprime très nettement. Catholique romain fervent, il préconise une union de l'Arménie avec Rome afin de conforter ses alliés européens dans le combat pour libérer l'Arménie du joug ottoman et iranien. Sahakian cite Achot Hovanissian :

"Tachdetsi rêvait sinon d'un Etat indépendant, du moins d'une Arménie dirigée par une dynastie catholique européenne occidentale." (p. 95)

Tout en esquissant une sensibilité nationale arménienne moderne, ces poètes notent un moment historique déterminant dans la formation de la nation arménienne : la position, la richesse et l'influence croissantes de la diaspora comme foyer d'émergence d'un sentiment national arménien. Plusieurs poèmes évoquent une classe de puissants et riches marchands en diaspora (p. 69, 70), le négoce pratiqué par des ecclésiastiques (p. 68), ainsi que d'honnêtes religieux combattant corruption, cupidité et usure parmi les leurs (p. 62-63). Pendant longtemps encore, la diaspora arménienne, dont ils relatent l'essor, aura un impact décisif, mais aussi déformant, sur le développement de la nation2.

A la fin du 17ème siècle, l'Eglise arménienne est en recul sur le front culturel. Les temps modernes s'annoncent. Mais l'ordre ancien n'allait pas céder pacifiquement. Parmi les élites conservatrices dominantes dans l'Eglise, toute cette mouvance - arménien vulgaire, rôle de l'imagerie et de la sagesse populaires dans la poésie, place centrale accordée au quotidien du peuple, y compris dans la poésie religieuse, et prise de conscience nationale moderne - tout cela est considéré comme une dégénérescence diabolique. De sorte qu'une réaction, une véritable contre-révolution culturelle va intervenir.

IV. La destruction

Hasmik Sahakian n'étudie pas en détail cette réaction religieuse, faisant une simple allusion en référence au poète Calouste Amassiatsi. Il "entre en scène au 18ème siècle, incarnant un courant influent de la poésie religieuse étroite d'esprit" (p. 261). Amassiatsi "prend ses distances non seulement avec Hovannès Naghach (fin du 17ème siècle), mais aussi avec Martiros de Crimée (antérieur) et ses prédécesseurs." Sahakian le décrit "affligé," car "le vin pousse les gens à oublier Dieu" (!) et ceux qui fréquentent encore l'Eglise ne le font que "pour prier ce Dieu qui leur consent du vin" (p. 261) !                                  

Une analyse d'ensemble de cette contre-révolution culturelle nous est proposée par Manoug Abéghian dans son Panorama critique de la poésie arménienne ancienne3. Il soutient qu'aux 16ème et 17ème siècles, pour la première fois depuis l'époque païenne, une poésie profane dominante se profile à l'horizon. Or cette évolution prometteuse fut à nouveau sapée par une Eglise arménienne déterminée à protéger ses privilèges féodaux en faisant obstacle à toute avancée dans la vie des Arméniens. A la fin du 17ème siècle et au début du 18ème, connaissant un regain en son sein, l'Eglise fortifia ses traditions religieuses et son indélogeable arménien classique à l'encontre d'une poésie profane en plein essor, s'exprimant dans la langue parlée. Mis à part quelques exceptions notables, elle dominera la vie culturelle arménienne jusqu'au milieu du 19ème siècle.

Pour son entreprise réactionnaire, l'Eglise pouvait compter sur d'immenses ressources matérielles et financières - richesses des monastères, impôts ecclésiastiques sur le peuple, dons de la classe marchande séculière. Elle avait, de surcroît, le soutien du pouvoir ottoman et iranien, hostiles à l'émergence de forces nationales nouvelles et potentiellement sécessionnistes. Mais le coup le plus dur, porté aux forces nouvelles, vint peut-être de la richesse des négociants arméniens, liée à la fois aux Etats ottoman et iranien et à un impérialisme européen en expansion.

Avec une Eglise réformatrice produisant une couche sociale conservatrice, traditionnelle, mais éduquée, destinée à prendre les rênes des communautés arméniennes, la nouvelle classe marchande abandonna pour l'heure l'intelligentsia séculière. Voyant dans l'Eglise, retranchée au plan historique et désormais réformatrice, avec son vaste réseau organisationnel et économique au croisement de la diaspora et de la mère-patrie, un allié plus fiable4. Par ailleurs, le défi nouveau de l'intelligentsia, bien que flou, d'un renouveau de l'Etat ne s'accordait guère avec une prospérité - ancienne ou nouvelle - partie intégrante de la diaspora et des empires ottoman et iranien.

Vu la situation des Arméniens, la contre-révolution de l'Eglise était presque inévitable. Face au rempart d'une Eglise réactionnaire, l'essor fragile d'une puissance nationale moderne - éclatée entre une mère-patrie occupée et opprimée et une diaspora plus aisée, mais instable. Dans les territoires de l'Arménie historique, l'oppression ottomane et iranienne continua de miner les fondements mêmes de l'existence arménienne. Parallèlement, la diaspora, malgré une sécurité et des richesses supérieures, s'intégrait et s'assimilait de plus en plus au sein des sociétés d'accueil, parfois volontiers, mais souvent par la force.

La lutte entre l'ancien et le nouveau était inégale et s'avèrera coûteuse. Il n'est pas interdit de penser que le défi relevé à nouveau dans la seconde moitié du 19ème siècle par des hommes comme Yervant Odian, Haroutioun Sévadjian, Michael Nalbandian et d'autres, fut trop tardif.          
   
Notes

1. Voir l'ouvrage, difficile à trouver, de Léo, Le Capital khodja : le rôle social et politique du capital marchand chez les Arméniens (Erevan, 1934, 373 p.). Etude critique in http://www.groong.org/tcc/tcc-20070604.html et http://www.groong.org/tcc/tcc-20070709.html (Eddie Arnavoudian).
2. Nombre de thèmes et de préoccupations des poètes de cette époque apparaissent dans l'Histoire d'Arakel Davrizetsi [Arakel de Tabriz] (vers 1590 - 1670). Dernier grand historien classique, Tabriz est aussi notre premier historien moderne. Voir notre étude in http://www.groong.org/tcc/tcc-20160229.html.
3. L'étude d'Abéghian, parue en 1917, constitue une tentative remarquable pour expliquer les continuités et discontinuités dans la poésie arménienne durant plus de deux siècles. Une excellente introduction à son œuvre immense, d'une valeur inestimable et parfois des plus controversée, rassemblée dans dix grands volumes. Cette étude figure dans le volume 7, paru à Erevan en 1966.
4. Sur la relation entre Eglise, religion et développement national. Dans le cadre des empires ottoman et iranien, occupants et hostiles, les communautés arméniennes ont survécu, des siècles durant, sous la forme d'entités chrétiennes arméniennes discrètes et, dans une certaine mesure, autonomes au plan interne. La survie était fonction des services que les communautés arméniennes rendaient à l'économie impériale - l'apport à la fois vital et nécessaire d'une classe de marchands et d'artisans. Au sein de la communauté arménienne, une Eglise semi-autonome était tolérée, faisant office d'autorité et d'administration internes. En contrepartie, l'Eglise était aussi autorisée à conserver une part significative de ses richesses et de son autorité sur les paroisses rurales soumises à l'impôt.
Les démarcations et l'organisation religieuse des communautés arméniennes façonnèrent les formes et les structures premières du développement national arménien. De nouvelles forces sociales et économiques émergent et existent dans un premier temps au sein des limites d'une communauté arménienne chrétienne discrète. En premier lieu, leur combat pour une plus grande autonomie sociale, économique et culturelle prend la forme de demandes d'une indépendance accrue pour leur communauté chrétienne spécifique, laquelle se définit de plus en plus comme une communauté nationale. Ce qui mène à la formation d'une nation, fondée dans un premier temps sur des communautés arméniennes définies au plan religieux. Une certaine logique théologique présidait en outre à ce processus !
L'expérience arménienne de la relation entre religion et développement national est définie au plan historique. Contrairement à l'Europe, l'Eglise arménienne, dans son idéologie, sa littérature et son histoire, est porteuse d'une mémoire, se référant avant tout à un groupe culturel et linguistique unique - la communauté arménienne. En Europe, l'Eglise catholique romaine croise de nombreuses entités linguistiques, culturelles et économiques - Espagne, Grande-Bretagne, Italie, Allemagne, France - tout comme l'Eglise orthodoxe orientale. Le développement national exigeait donc en Europe une rupture séculière plus décisive avec l'ancienne Eglise, une nationalisation de son appareil et de son canon afin de servir la nation émergente. Mais, dans le cas arménien, à l'aube de son développement national, religion et fait national entretiennent apparemment un lien plus organique, où beaucoup trouvent à redire !

[Diplômé d'histoire et de sciences politiques de Manchester (Angleterre), Eddie Arnavoudian anime la rubrique de littérature arménienne de Groong. Ses essais littéraires et politiques paraissent aussi dans Haratch (Paris), Naïri(Beyrouth) et Open Letter (Los Angeles).]       
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Traduction : © Georges Festa - 07.2017



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