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Vercihan Ziflioğlu : Beni Unutma Rusyam, Asırlık Sürgün [Ne m'oublie pas, Russie : un siècle d'exil]

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© Ankara : Kuzey Işığı Yayınları, 2019

Ne m'oublie pas, Russie :
le nouveau livre de Vercihan Ziflioğlu sur les émigrés russes brise un siècle de silence

par Marine Martirossian
Hetq (Erevan, Arménie), 30.01.2019


Beni Unutma Rusyam, Asırlık Sürgün [Ne m'oublie pas, Russie : un siècle d'exil], de la journaliste arméno-stambouliote Vercihan Ziflioğlu, vient de paraître.

C'est l'histoire de ceux qui fuirent la Révolution d'octobre 1917 en Russie pour la Turquie, relatant au quotidien leur calvaire sur la route de l'exil. Parmi ceux qui s'établirent en Turquie, certains eurent si peur des répercussions politiques et sociales possibles qu'ils finirent par changer leurs noms afin de dissimuler leur statut d'"émigré blanc."

Quelque 200 000 personnes, précise Ziflian, ont quitté la Russie pour la Turquie dans le sillage de la révolution russe et de la guerre civile qui s'ensuivit. Beaucoup étaient liées au gouvernement tsariste, à l'aristocratie et aux classes privilégiées, et s'opposaient aux bolchéviks. La Turquie fit office de zone de transit pour les émigrés. Les plus riches gagnèrent l'Europe et au-delà. Les plus démunis restèrent en Turquie, gardant toujours espoir que la situation change en Russie et qu'ils puissent rentrer chez eux.

De nombreuses personnalités, note-t-elle, quittèrent la Russie à cette époque. Dont Tatiana Soukhotina-Tolstaïa, la fille aînée de l'écrivain russe Léon Tolstoï, qui aida certains aristocrates émigrés à obtenir des passeports Nansen.

Alors qu'elle travaillait au quotidien turc Hürriyet, Ziflian rencontra certains de ces émigrés devenus âgés, tout à fait par hasard, passés inaperçus, leurs véritables identités ignorées du grand public.

"Une dizaine. Ils ne voulaient pas parler d'eux. Ils avaient des difficultés financières et vivaient pauvrement. Peu à peu, au fil des ans, j'ai gagné leur confiance et j'ai commencé à recueillir leurs histoires," confie Ziflian, ajoutant que, selon elle, certains avaient des racines arméniennes.

Elle cite par exemple Kazimir Pamir, dont la mère possédait des mines à Erevan et à Kars en Russie tsariste. Lequel Pamir, ajoute-t-elle, avait appris l'arménien de sa mère.

"Ce qui compte, pour moi, c'est l'histoire humaine, pas celles des nantis, mais montrer que des gens ont vécu ce genre d'existences dans l'histoire. Autrement dit, posséder un tas d'argent ou vivre dans des palais n'avait aucune importance. C'est l'histoire des gens qui m'intéresse."

Les cinq émigrés avec qui elle s'est entretenue en Turquie lui ont raconté qu'ils n'auraient jamais survécu s'ils étaient restés en Russie. Les proches de la plupart de ceux qui ont fui la Russie n'ont eux aussi pas survécu.

Elle me parle de Roxana Omarova, une Tatare russe, qui fuit la Russie, enfant, à l'âge de sept ans. Les bolchéviks ont assassiné son grand-père. La jeune fille s'établit tout d'abord en Chine, puis partit au Japon avant de revenir en Chine. Elle finit par s'installer en Turquie, changeant son nom et obtenant la citoyenneté turque. Des années plus tard, elle voyagea avec son fils en Russie. Un pays qu'elle ne reconnut pas, confia-t-elle à Ziflian.

Un passage intéressant du livre a trait aux soldats russes qui avaient été affectés à Kars par le tsar Nicolas II. Un grand nombre n'en partirent pas après le retrait de la Russie de la Première Guerre mondiale, et restèrent là à l'époque de la création de la république de Turquie, puis des décennies durant. La dernière famille dont les origines remontaient à ces soldats du tsar a quitté Kars en 1997.

Cet ouvrage a demandé sept ans de travail à Ziflian. Ses recherches l'ont amenée en Russie et aux archives du musée de l'Ermitage.

Le titre du livre, précise-t-elle, ne doit rien au hasard. Un des émigrés, lors d'un entretien, ne put retenir son émotion et laissa échapper ces mots : "Ne m'oublie pas, ma Russie !"

[Vercihan Ziflian est née à Istanbul où elle vit actuellement. Journaliste de profession depuis vingt ans, elle est l'auteure de quatre livres : Ananun Yeraz  (Aras, 2000), Hanelug [L'Enigme] (Aras, 2007), Araftaki Ermenilerin Hikâyesi [Histoire des Arméniens au Purgatoire](İletişim Yayıncılık, 2015) (qui, selon elle, a suscité un vif intérêt en Turquie car il abordait, pour la première fois, la question des Arméniens islamisés, membres du Parti des Travailleurs du Kurdistan (PKK) et ignorant tout de leurs origines) et Göz [L'Œil] (Belge Yayınları, 2016).]           

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Traduction : © Georges Festa - 11.2019




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