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Christopher Atamian - Socially Relevant Film Festival 2019 : les films arméniens à l'honneur / The Socially Relevant Film Festival Highlights Armenian Films

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Socially Relevant Film Festival 2019 : les films arméniens à l'honneur
par Christopher Atamian
The Armenian Weekly, 05.03.2019


La 6ème édition du Socially Relevant Film Festival [Festival du Film à Vocation sociale], présidé par Nora Armani, s'ouvre en plein centre de New York ce mois-ci. Fondé pour honorer la mémoire de sa cousine cairote Vanya Exerjian, sauvagement assassinée en 2004 par un fondamentaliste religieux, le festival rend hommage à ces cinéastes dont l'œuvre met l'accent sur des messages importants au plan social, des droits humains et des récits intéressant l'humanité, au passé et au présent.

Les thèmes officiels de cette année couvrent des questions parmi les plus urgentes et actuelles de notre époque, dont la peine de mort, la toxicomanie, la pollution et l'environnement, les droits LGBTQ, les femmes et la liberté, les sans-abri. Parmi les temps forts signalons un long métrage de fiction, A Thousand Pieces, de la cinéaste française Véronique Mériadec sur une femme qui décide de rencontrer le meurtrier de son fils après sa libération de prison, et une comédie australienne désopilante, The Merger[La Fusion], dirigée par Mark Grentell, dans laquelle un entraîneur de football australien tente de sauver sa franchise agonisante en recrutant de jeunes immigrés... dont aucun ne sait jouer au football australien ! Ce film a remporté le Prix du public australien 2018 et est projeté lors de la soirée d'ouverture. Lundi 18 mars une séance spéciale sera consacrée au film documentaire de Thierry Michel sur le docteur Denis Mukwege, Prix Nobel de la Paix 2018, et sa carrière. The Man Who Mends Women [L'homme qui répare les femmes] présente l'aide apportée par Mukwege aux femmes victimes de viol durant les vingt années de guerre en République démocratique du Congo. La projection sera suivie d'une table-ronde réunissant des experts des Nations Unies.

Une liste de films à l'éclectisme rare dus à des cinéastes arméniens intéressera toutefois nos lecteurs. Certains sont plus forts que d'autres, mais tous valent le déplacement. La première en Amérique du Nord du court métrage documentaire Musa Dagh - The Road Home (Arménie) illustre sobrement les ravages de la cruauté humaine - le génocide dans ce cas - même trois générations plus tard, tandis qu'un Arménien dans la cinquantaine revient dans le village de Vakif en Cilicie sur les pentes du Musa Dagh, où en 1915 une petite communauté de villageois arméniens quasiment sans armes ont résisté à l'armée ottomane jusqu'à ce qu'ils soient sauvés par un navire de guerre français. Leur héroïsme fut salué dans le roman épique Les 40 Jours du Musa Dagh de Franz Werfel en 1933, qui sera lu durant la Seconde Guerre mondiale par les Juifs du ghetto de Varsovie et qui inspirera leur révolte. Un scénario plutôt plat et sans imagination dessert la réalisatrice Mariam Ohanyan, tandis que le père ramène en 4x4 sa famille au village ancestral, excepté que dans ce cas le village est situé à l'intérieur des frontières de la Turquie. Le film aurait pu tirer profit d'une mise en perspective plus précise ou d'un discours historique davantage détaillé : et pourtant, en visionnant ce court road movie, l'on a une vision intéressante sur la manière avec laquelle les traumatismes présents et passés impactent et donnent forme à son existence. Les échanges maladroits entre le personnage principal et certains villageois turcs, qui vivent maintenant à Vakif, constituent en soi un commentaire parlant sur l'impossibilité constante des deux communautés à échanger d'une manière normative et saine. Le documentaire relève aussi des coutumes séculaires du village comme la fabrication du harissa, la messe arménienne traditionnelle et le dialecte de Vakif en péril.

Autrement plus nuancé et inventif, le court métrage documentaire Taniel (Royaume-Uni reconstitue admirablement les derniers jours du grand poète arménien Daniel Varoujan (né Daniel Tcheboukkiarian), l'un des 200 intellectuels figurant sur la redoutable liste noire des Jeunes-Turcs, qui fut assassiné après avoir été déporté. Varoujan fonda le groupe Mehian et incarna la renaissance et l'épanouissement de la culture arménienne au tournant du 20ème siècle. Il fut tué dans des circonstances atroces, découpé au sens littéral du mot par des soldats turcs à l'âge de 31 ans. Le réalisateur Garo Berberian combine des éléments scénarisés et des séquences d'animation. Notons la musique sublime de Philip Glass et la scène finale dont la poésie rappelle Martha Graham, dont le crescendo habite le film.

La réalisatrice américaine Leah Bedrosian Peterson s'essaie à la magie de l'animation dans Under the Walnut Tree[Sous le noyer], un conte lyrique inspiré librement de la vie de Shahan Natalie. Tout comme Natalie, dont la famille fut anéantie lors des massacres hamidiens de 1894, le jeune héros du film erre des jours durant à travers une forêt jusqu'à ce qu'il retrouve sa mère pleurant devant le corps inanimé de son père. La technique d'animation recourt à une esthétique sommaire, épurée. Laquelle crée une atmosphère de fable, elle-même conjuguée au contenu tragique du film. Un autre court métrage documentaire subtil, de Davit Ohanjyanyan, suit l'existence d'une jeune femme courageuse, gravement blessée lors de la guerre du Haut-Karabagh. Son montage d'ouverture, très différent du reste du film, est remarquable.               

Réalisé par la cinéaste iranienne Anahid Abad, Yevasuit l'existence d'une femme résolue et intelligente, habilement interprétée par Nariné Grigoryan, accusée faussement d'avoir tué son mari et qui fuit dans un petit village de l'Artsakh pour échapper à son influente belle-famille. Elle y revit le traumatisme de l'après-guerre, apprend à nouveau à avoir confiance et à aimer, et à faire face aux difficultés et aux épreuves de la vie, en ressortant plus forte encore. Le rythme du film et le cadrage fonctionnent à une échelle différente de la plupart des films grand public américains - donnant au spectateur la possibilité d'éprouver réellement les mêmes émotions que les acteurs et de voir à un niveau plus réaliste ce que les principaux personnages vivent.

Dans Coming Home, le jeune Saro demande à la lune de faire revenir son père sain et sauf de la guerre. Lorsque la lune exauce le vœu du jeune garçon, la situation n'est pas celle à laquelle on s'attendait dans cette étude sensible et parfois stéréotypée du conflit de générations. Le doudouk contre le rap ! Même si le scénario n'a rien de particulièrement original, la réalisatrice Daria Shumakova a un instinct très sûr et fait ressortir l'affection entre père et fils, mari et femme, mère et fils. C'est l'une des grandes forces du cinéma arménien contemporain qui émerge actuellement : explorer les relations humaines et voir comment les émotions et les actions évoluent occupe une place de plus en plus grande. La caméra s'attarde ainsi sur les corps, les visages, les bâtiments, la nature. Une expérience de spectateur qui peut parfois sembler moins captivante au premier abord, mais qui est souvent infiniment plus gratifiante - l'on a l'impression d'avoir réellement vécu la même aventure que les acteurs concernés. Et, de fait, il y a toujours au centre une histoire humaine ou un événement historique intéressant. Le rôle du cinéma est de refléter et d'analyser la société, définition s'il en est du cinéma à vocation sociale tel que l'a conçu Nora Armani lors du lancement de ce festival unique en son genre. Que vous soyez arménien ou que l'histoire de cette région vous intéresse, chaque film ajoute alors un élément nouveau à un puzzle ancien et souvent complexe.

La 6ème édition du festival propose des films étrangers et nationaux, des ateliers et des tables rondes sur le cinéma, ainsi que d'autres manifestations sur des problématiques sociales à New York. Le festival se tiendra du 15 au 21 mars 2019 au Cinema Village et dans des salles avoisinantes.

La sélection officielle prévue au cœur de Greenwich Village couvre un mélange de sept longs métrages, quatorze documentaires, près de quarante courts métrages, et plus. Il aura aussi un concours d'écriture de scénarios avec lectures des textes finalistes. Les films représentent trente pays. Consulter https://www.ratedsrfilms.org/ pour plus de détails.
        
[Ecrivain et producteur d'origine italo-arménienne, petit-fils de survivants du génocide arménien, Christopher Atamian est diplômé de l'université de Harvard, de la Columbia Business School et de l'USC Film School. Outre ses créations et ses activités professionnelles comme dirigeant dans de grands médias et sociétés de conseil (ABC, Ogilvy & Mather, J.P. Morgan), il s'investit auprès de la communauté arménienne. Ancien président et actuellement membre du conseil d'administration d'AGLA New York, il a fondé en 2004 Nor Alik, une association culturelle à but non lucratif à l'origine du premier Festival international du Film Arménien. Atamian a aussi coproduit en 2006 la pièce Trouble in Paradise, récompensée aux Obie Awards, mise en scène par Elyse Singer, ainsi que plusieurs clips vidéo et courts métrages. Atamian a été sélectionné lors de la Biennale de Venise 2009 pour sa vidéo Sarafian's Desire et a été décoré en 2015 de l'Ellis Island Medal of Honor. Il collabore en tant que critique à de grands médias comme le New York Times Book Review et le Huffington Post, Scenes Medias et The Weekly Standard, parallèlement à ses créations au cinéma et au théâtre.]

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Traduction : © Georges Festa - 11.2019
Avec l'aimable autorisation de Christopher Atamian.



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