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Arménies - traversées de soi, de l'autre - flux et reflux informulés - quête d'Eden - les saisons d'ordalie - accéder aux métamorphoses - scander les gouffres et les cimes - multiple, errant, total

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    © Antares, 2018


    Aram Pachian

    Du corps



    Dans les sociétés patriarcales, le rôle possède un rôle et une signification particulière. Quand j'étais adolescent, les garçons de petite taille et chétifs avaient la vie dure. Comme si leur fragilité et leur faiblesse physique attirait la violence.

    Au rand des attributs physiques d'un "vrai homme" figuraient un corps trapu, une large encolure, des bras et des jambes musclés, et une sorte de bedaine, difficile à décrire - en outre, un visage qui exprimait colère et agressivité.

    En grandissant, la plupart des garçons tentent de forcer leur corps à répondre à ces normes. Pour beaucoup d'entre eux, il ne s'agit pas tant d'être un "vrai homme" que se faciliter la vie dans un monde brutal et violent qui essaie de leur imposer la "masculinité."

    Longtemps je me suis représenté mon corps comme un ennemi, une menace, un piège fait de plaisir et de tragédie.

    Mon père était chirurgien.

    Le langage de la chirurgie est aussi celui du corps.

    La chirurgie s'effectue via le corps et vise à le protéger, et c'est pourtant une sorte d'"acte criminel" visant à mettre au jour une réalité secrète. La chirurgie implique de franchir les limites du corps. Dans un sens, il y a là une révolte, une agression, une transgression au regard des limites sacrées du corps.

    Les week-ends, mon père m'emmenait avec lui à l'hôpital. En allant d'un patient à l'autre, j'éprouvais un sentiment grandissant d'aliénation vis-à-vis de mon corps. Je me disais sans cesse : "Je n'ai pas envie d'avoir un corps. Rien de pire que d'avoir un corps."

    Chose intéressante, je l'ai toujours pensé à la troisième personne. Lui, mon corps, c'était toujours quelqu'un d'autre.

    Plus tard, dans ma vie, il est arrivé que ce sentiment d'aliénation soit essentiellement d'ordre physiologique, le résultat peut-être d'une activité complexe et paradoxale des neurones.

    Ce sentiment de méfiance vis-à-vis de mon corps a atteint son paroxysme lors de mon service militaire. Les brimades à l'armée c'est de l'ordre du normal. Les règles et les traditions patriarcales imprègnent l'armée et chaque soldat se doit de les suivre. Rejeter ces traditions ou enfreindre des règles transmises de génération en génération signifie mettre en danger ton corps, ta santé et, en fin de compte, ta vie.

    Dans l'armée, il y a ce qu'on appelle des "zones d'ombre," qui sont taboues. Dans ces zones d'ombre figurent les toilettes, les lavabos - ou encore des bosquets, des bancs, le coin d'un champ. Personne n'a le droit de s'asseoir ou de s'allonger dans ces zones. Si tu y fais tomber quoi que ce soit, pas le droit de ramasser. Si un soldat enfreint la règle interne, même accidentellement, et qu'il est découvert, le "délinquant" est isolé de son unité. Nul n'a le droit de le toucher. Il est déshonoré et son corps est profané. Pour les autres soldats, son corps devient lui aussi une "zone d'ombre."

    Dans mon premier roman1, l'un des narrateurs qui brise ce tabou fortuitement le paie de sa vie. Et pourtant il est persuadé qu'il est toujours vivant, qu'il a terminé son service militaire et qu'il est rentré chez lui.

    Ton corps est profané et détruit. Et alors ? Ça ne veut pas dire que tu n'as pas le droit de continuer à vivre. C'était l'idée centrale de mon roman.

    Objectivement, impossible de continuer à vivre sans le corps. Grâce à la politique, grâce au droit, il est encore possible de réduire les abus au sein de l'armée, de la société. Mais la politique et le droit ne fonctionnent que dans le cadre du vivant - ils ne peuvent ranimer un corps mort.

    Et pourtant j'ai trouvé le moyen de ranimer ce corps mort. Grâce à l'écriture.

    Combien de fois j'ai entendu mon père s'exclamer : "La blessure cicatrise ! Le patient vivra !"

    En écrivant mon roman, je ressentais la même chose. "Ce paragraphe s'améliore. J'arrive à entendre la voix du narrateur. Sa vie perdure."

    Si ce dont je parle aujourd'hui semble un peu naïf, je n'en ai pas honte. La naïveté est souvent considérée comme un défaut, mais parfois ce genre de défauts rend fort.

    Merci.              


    NdT

    1. Aram Pachian, Ցտեսություն, Ծիտ [Adieu, Oiseau !], Antares, 2012

    ___________

    Traduction : © Georges Festa - 12.2018



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    Toros Roslin, Table des canons, Evangiles de Zeïtoun, 1256
    Musée J. Paul Getty, Los Angeles (Cal.)
    https://commons.wikimedia.org/wiki/


    Objets survivants : le patrimoine culturel au Moyen-Orient et ailleurs
    par Heghnar Zeitlian Watenpaugh

    Massis Post, 10.11.2017


    Les artéfacts qui ont connu des atrocités, jusqu'au génocide, et qui ont survécu, acquièrent le pouvoir de rappeler les horreurs du passé et de commémorer des êtres, des choses et des lieux absents qui ont été perdus. Ils symbolisent la violence, mais aussi la survie et la résilience. Les objets matériels qui ont subi pillage, mutilation, déplacement et arrachement aux communautés où ils jouaient le rôle de reliques sacrées, supports liturgiques ou d'œuvres d'art estimées, forment une catégorie à part. Ce sont des objets survivants.

    La destruction intentionnelle du patrimoine culturel en temps de paix et de guerre, le pillage d'artéfacts et leur trafic par des réseaux criminels, de même que les polémiques sur la possession, la fonction et la signification de l'art, font la une de l'actualité au Moyen-Orient. Des musées occidentaux exposent et des maisons de vente aux enchères mettent en vente des objets qui ont été fouillés en toute illégalité ou extraits au mépris des lois de lieux de culte, et qui sont mis en circulation sur le marché de l'art du fait de la guerre, du colonialisme, de troubles sociaux, d'atrocités ou par pur désespoir. Profitant du chaos lié à l'invasion de Bagdad en avril 2003, des pillards ont saccagé le Musée National d'Irak et volé des milliers d'artéfacts, représentant plusieurs millénaires d'histoire de l'Irak ancien.1 L'Etat Islamique autoproclamé a fait de la destruction de l'art un spectacle de masse. Ses agents ont filmé la destruction de l'art au musée de Mossoul et le minage du temple de Bêl à Palmyre, puis monté le film sous la forme de vidéos très élaborées qu'ils diffusent grâce au réseau de propagande sophistiqué de l'Etat Islamique, et qui sont ensuite amplifiées via les réseaux sociaux afin de manipuler l'opinion publique et susciter indignation et effroi.2 Les nantis du monde entier recourent à d'opaques acrobaties financières, poussant compagnies offshore et sociétés écrans à organiser un négoce de l'art semi-légal ou illégal qui échappe à tout contrôle et complique les demandes de restitution, comme l'ont récemment révélé les Panama Papers.3

    Ces attaques contre le patrimoine culturel ont provoqué indignation et réactions de la part d'agences gouvernementales, d'organismes internationaux et d'experts.4Les réactions les plus importantes et les plus vives ont émané du terrain, des "défenseurs du patrimoine culturel," des professionnels du patrimoine, de militants improvisés et de gens ordinaires qui se sont mobilisés et qui ont pris des risques pour protéger le patrimoine culturel.5En janvier 2011, des manifestants sur la place Tahrir ont formé une chaîne humaine pour empêcher des pillards d'attaquer le Musée National Egyptien tout proche, qui abrite des artéfacts emblématiques comme le masque de Toutânkhamon. En Syrie, archéologues et simples particuliers continuent de prendre d'énormes risques pour protéger le patrimoine culturel et rendre compte des dégâts, utilisant parfois leurs téléphones portables de fortune pour prendre clandestinement des photos.

    Même si les actes récents de destruction et de pillage culturel ont eu un retentissement mondial, des pratiques similaires n'ont cessé de hanter l'histoire du Moyen-Orient. Dans le passé, elles sont allées de pair avec les usages du colonialisme, de la création d'empires et du nationalisme.6Elles ont aussi accompagné l'extermination en masse de populations civiles par leurs propres Etats - épuration ethnique, massacre et génocide. Ces événements continuent d'assombrir non seulement le Moyen-Orient, mais au-delà, au sein des diasporas où les enfants de migrants et de réfugiés cherchent à reconstituer leurs communautés. Les répercussions des attaques contre le patrimoine culturel perdurent dans les luttes pour la restitution, le rapatriement et la réunification d'objets d'art ou sacrés à leurs communautés ou pays d'origine. Non seulement nous devons composer avec les implications immédiates de la destruction du patrimoine dont nous sommes témoins à notre époque, mais nous devons aussi nous atteler aux conséquences à long terme de la destruction de la culture et à ses multiples séquelles. Il nous faut en outre comprendre en quoi l'expérience du pillage ou de la destruction façonne l'objet en tant que tel, et son rôle dans l'univers social.

    Les récits de destruction d'œuvres d'art ou de restitution de patrimoine culturel mettent souvent l'accent sur de zélés briseurs d'images, d'opportunistes pilleurs, d'audacieux voleurs, d'avisés comptables, de courageux archéologues, de dévoués journalistes, d'intègres policiers, de tenaces bibliothécaires, d'imperturbables historiens d'art, d'avides collectionneurs, de consciencieux conservateurs, de peu scrupuleux oligarques et d'héroïques avocats. Récits qui soulèvent des questions comme : qui possède ou devrait posséder des antiquités ? Quand l'art est-il pris illégalement et quand doit-il être restitué ? Comment les musées devraient-ils constituer leurs collections de manière éthique ? Comment servir au mieux l'intérêt public sans enfreindre les droits ?  

    Autant de questions qui méritent des réponses. Or elles passent sous silence une grande part de l'histoire de l'objet. Une œuvre d'art précieuse, la représentation d'une divinité ou un livre sacré constituent une entité matérielle projetée au sein d'un réseau de rapports sociaux. Quand des gens pillent un objet, le cassent ou le déracinent, ces événements affectent la façon d'exister d'un objet dans l'univers social, ainsi que la signification qu'il acquiert dans les esprits et les cœurs de ceux qui le découvrent, le contemplent ou le vénèrent.7

    Les vicissitudes des reliques sacrées et des objets convoités, leurs odyssées périlleuses à travers le temps et l'espace, reflètent celles des survivants et des réfugiés, s'efforçant de refaire leur vie et de bâtir un avenir neuf. Etudiée de près, l'histoire d'un objet de trafic, et de son peuple, en dit long sur la nature de la survie et le caractère central de l'art et du patrimoine culturel à son égard. Ils nous donnent à voir le vécu de l'art, que les concepts et traités juridiques sur le droit humain à la culture tentent d'inscrire dans le droit.

    Les Tables des canons, en huit folios, qui ornaient autrefois la première section des Evangiles de Zeïtoun, en témoignent. Les Tables des canons sont un objet religieux médiéval dont les péripéties au cours du siècle dernier éclairent la dimension culturelle du génocide.8 Ce rare vestige du monde disparu des Arméniens ottomans recoupe aussi l'une des questions clé de l'histoire de l'art au 21ème siècle : la lutte entre communautés ethniques ou religieuses et institutions puissantes pour le contrôle du patrimoine culturel.

    Toros Roslin copia et enlumina les Evangiles en 1256 pour le catholicos Constantin Ier, chef de l'Eglise arménienne à Hromgla (Rumkale en Turquie actuelle). Le manuscrit fut emmené à Zeïtoun, une ville escarpée située dans les Monts Taurus (Süleymanlı en Turquie actuelle), à laquelle il doit son nom. A Zeïtoun, les Evangiles de Roslin étaient conservés dans une église en tant que relique vénérée et objet liturgique. Mais le manuscrit avait également sa fonction propre, protégeant la ville et sa population, et accomplissant des miracles parmi les fidèles. Au fil des siècles jusqu'au printemps 1915. Alors que la Première Guerre mondiale submergeait le monde, l'empire ottoman lança l'exil et l'extermination de sa population arménienne, qualifiés aujourd'hui de génocide arménien. Lorsque les habitants de Zeïtoun furent chassés de leurs foyers et condamnés à un exil où la plupart d'entre eux trouvèrent la mort, les Evangiles de Zeïtoun furent eux aussi retirés de leur église, passant de main en main et divisés en deux. Des dizaines d'années plus tard, le manuscrit se retrouva à l'Institut Machtots de recherches sur les manuscrits anciens (appelé Matenadaran) en république d'Arménie. Manquaient toutefois les Tables des canons. Ces pages manquantes, extraites du manuscrit premier, avaient cheminé séparément en direction des Etats-Unis. Le musée Getty en fit l'acquisition en 1994. A l'époque, les historiens de l'art considéraient Toros Roslin comme l'un des plus grands artistes de l'art arménien au Moyen Age.9 La relique de Zeïtoun était devenue une œuvre d'art d'une valeur inestimable.

    En 2010, la Prélature Occidentale de l'Eglise apostolique arménienne d'Amérique porta plainte auprès de la Cour Supérieure du comté de Los Angeles contre le musée J. Paul Getty en demandant la restitution des Tables des canons, affirmant que ces pages sacrées avaient été volées.10 La plainte déclarait que les pages avaient été extraites de leur manuscrit premier, les Evangiles de Zeïtoun, suite au génocide arménien. L'Eglise faisait valoir que les pages avaient été dérobées et que le musée Getty savait ou aurait dû savoir qu'il faisait l'acquisition de biens volés. Le conseiller juridique du musée soutenait que le musée Getty détenait ces pages en tant qu'œuvres d'art, les ayant acquises légalement, que les Tables des canons se trouvaient aux Etats-Unis depuis plus de quatre-vingt-dix ans sans que personne ne conteste leur statut juridique, et que la plainte devait être rejetée car non fondée.

    Après cinq années de contentieux et de médiation, la Prélature Occidentale et le musée Getty parvinrent à un accord. Le musée Getty reconnaissait la "propriété historique" de l'Eglise sur les Tables des canons. En échange, l'Eglise reconnaissait la gestion à long terme des Tables des canons par le musée et acceptait de lui faire don de ces pages "afin de garantir leur conservation et les exposer au grand public."11 Aux yeux des professionnels de l'art, cet accord constituait un exemple réussi où une négociation approfondie dans le cadre d'un litige ayant trait à l'art et d'une demande de restitution aboutit à un accord. Dans notre paysage culturel, ce genre de litiges est devenu courant et a contribué à changer les méthodes d'acquisition des musées. Dans ce type de contexte, l'accord sur les Tables des canons crée assurément un précédent ou un modèle pour d'autres litiges similaires. Cet accord a réglé des questions liées au passé, sans pour autant aboutir à un retour au passé. Les Tables des canons ne réintègreront pas le manuscrit premier. Au contraire, cet accord est tourné vers l'avenir. Le musée Getty s'est engagé dans une collaboration accrue avec la communauté arménienne de Los Angeles et dans le monde.

    Que laissent présager ce procès et son règlement pour les objets survivants ? Durant le génocide arménien et ensuite, lorsqu'ils furent coupés en deux, les Evangiles de Zeïtoun ont croisé l'existence de gens qui les ont vénérés, convoités, conservés, sauvegardés, commémorés et décrits. A l'instar d'autres objets survivants, ce manuscrit sacré a joué un rôle de médiation dans la façon avec laquelle les gens ont perçu leurs identités ou les ont reconstruites au lendemain de la guerre, des massacres et de l'exil. Un homme qui survécut de justesse au massacre de sa communauté et à l'incendie de son quartier assimile ainsi son vécu avec celui du livre saint : "Les Evangiles [de Zeïtoun] [...] devinrent le témoin de ce terrible massacre."12 Un religieux décrit les survivants et les orphelins décharnés du génocide arménien dans les bidonvilles en dehors d'Alep dans les mêmes termes qu'il emploie pour les manuscrits religieux mutilés qu'il tente de sauver : "Autant d'ouvrages qui, comme notre nation arménienne, ont été sans relâche persécutés, taillés en pièces, profanés."13 Un autre religieux relate néanmoins son désarroi en voyant un livre saint qu'il avait consulté dans le trésor d'une église juste avant la Première Guerre mondiale apparaître soudainement sur le marché de l'art à New York : "Ce manuscrit est maintenant arrivé en Amérique en tant que bien d'une personne privée [...] Il a été amené ici pour être vendu."14

    L'expérience du traumatisme n'a pas seulement modifié l'objet en tant que tel dans sa matérialité - le découpant en deux, le fragment et le manuscrit premier. Cette expérience a aussi modifié la fonction et la signification de l'objet à travers le monde. Les Evangiles de Zeïtoun, de même que leurs Tables des canons, sont ainsi passés de relique sacrée et d'objet liturgique d'une ville isolée au statut d'œuvres d'art exposées au public dans des musées, leur image étant reproduite indéfiniment grâce à la technologie numérique.

    Pour chaque Table des canons qui survit et ressuscite dans un nouvel environnement, des milliers d'œuvres d'art et d'objets sacrés sont détruits ou perdus. Tandis que la destruction, le pillage et le trafic de l'art perdure, il est triste de rappeler que pour la plupart des attaques visant la culture, il n'y aura ni estimation, ni restitution. En dépit de tous les efforts des défenseurs du patrimoine culturel, des intentions louables de l'application du droit, et de l'ingéniosité des juristes, les choses ne recouvreront pas leur intégrité première. Les objets survivants témoignent d'un lien fort avec le passé. Leur présence matérielle a le pouvoir de rappeler et de connecter l'observateur à des objets et des lieux qui ne sont plus. Les objets survivants illustrent la nature changeante, dynamique du patrimoine culturel. Même des objets qui portent les cicatrices de la violence perpétrée à leur encontre - qui sont fragmentaires, mutilés, délabrés, ou même illisibles - symbolisent une résilience, et ils vont de l'avant. Les observateurs à venir liront en eux ce qu'ils voudront.                                        

    Notes

    1. Beaucoup de ces objets ont été récupérés ensuite. Matthew Bogdanos, "The Casualties of War: The Truth about the Iraq Museum,"American Journal of Archaeology 109 (2005), p. 477-526.

    2. Les exactions de l'Etat Islamique à Palmyre ont eu lieu en 2015. Heghnar Watenpaugh, "Cultural Heritage and the Arab Spring: War over Culture, Culture of War, and Culture War,"International Journal of Islamic Architecture 5 (2016), p. 245-23, avec d'autres références.

    3. Scott Reyburn, "What the Panama Papers Reveal about the Art Market,"The New York Times, 11 avril 2016, consulté le 6 juin 2017, https://nyti.ms/1Wo6d6L.

    4. Le rapport 2016 de la Rapporteuse Spéciale dans le domaine des droits culturels, Karima Bennoune, met l'accent sur le cadre juridique international concernant la destruction intentionnelle de la culture : UN Human Rights Council, "Report of the Special Rapporteur in the Field of Cultural Rights," 3 February 2016, A/HRC/31/59, consulté le 8 juin 2017, https://www.refworld.org/docid/56f174dd4.html

    5. Karima Bennoune souligne la détresse des défenseurs du patrimoine culturel qui ont été ciblés, et soutient que "les défenseurs du patrimoine culturel devraient être reconnus en tant que défenseurs des droits culturels, donc en tant que défenseurs des droits humains, et qu'ils devraient bénéficier des droits et des protections liés à ce statut."Ibid., p. 17, section75.

    6. Zainab Bahrani, Zeynep Çelik, and Edhem Eldem, éd., Scramble for the Past: A Story of Archaeology in the Ottoman Empire, 1753-1914 (Istanbul : SALT, 2011).

    7. Je renvoie ici à l'intérêt actuel des historiens d'art pour la matérialité de l'objet, qualifié de virage "pictural" ou "iconique." Voir, entre autres, Keith Moxey, "Visual Studies and the Iconic Turn,"Journal of Visual Culture 7 (2008), p. 131-46; W. J. T. Mitchell, What Do Pictures Want ? The Lives and Loves of Images (Chicago : University of Chicago Press, 2005); et Robin Osborne et Jeremy Tanner, éd., Art's Agency and Art History (Malden, Mass. : Wiley-Blackwell, 2007).

    8. Heghnar Zeitlian Watenpaugh, The Missing Pages: Art, Heritage and the Armenian Genocide (Stanford, Calif. : Stanford University Press, à paraître).

    9. Voir, entre autres, Sirarpie Der Nersessian, Miniature Painting in the Armenian Kingdom of Cilicia from the Twelfth to the Fourteenth Century, éd. Sylvia Agemian (Washington, D.C. : Dumbarton Oaks Research' Library and Collection, 1993), 1, p. 51-76; Helen C. Evans, "Armenian Art Looks West: Toros Roslin's Zeytun Gospels," in Treasures in Heaven: Armenian Art, Religion, and Society, éd. Thomas F. Matthews et Roger S. Wieck (New York : Pierpont Morgan Library, 1998), p. 103-14.  

    10. Western Prelacy of the Armenian Apostolic Church of America v. The Paul Getty Museum, No. BC 438824 (Cal. Super. Ct. 2011).  

    11. J. Paul Getty Museum and the Western Prelacy of the Armenian Apostolic Church of America (21 September 2015), J. Paul Getty Museum and the Western Prelacy of the Armenian Apostolic Church of America Announce Agreement in Armenian Art Restitution Case [communiqué de presse].  

    12. Haroutioun Der Ghazarian décrit la nuit du 10 février 1920, appelée ensuite "la Bataille de Marash," dans sa "Lettre à Monseigneur A. Siourméian, 1er août 1936," in Artavazd Soourméian, Maïr Tsoutsak hayeren tséragrats S. Karasoun Mankounk ékéghetsvoy Halépi, vol. 2, Maïr Tsoutsak hayeren tséragrats Halépi yev Antiliasi ou masnaourats (Alep : Tparan A. Der-Sahakian, 1936), p. 137.

    13. La citation est extraite d'un colophon, daté du 28 février 1923, que l'évêque d'alors, Babken Kioulésérian (1868-1936) ajouta à un manuscrit médiéval dans l'église des Quarante-Martyrs d'Alep. Publié in Artavazd Siourméian, Nkaraguir Ochin tagavori dzeraguir Chamaguerkin, 1319 (Antélias : Tparan Tprevanouts katoghikosoutian Kilikioy, 1933), p. 102.

    14. Garegin Hovsepian, Niouter yev ousoumnasiroutiouner hay arouesti yev mchakoyti patmoutioun, vol. 2 (New York : n.p., 1943), i.


    [Heghnar Zeitlian Watenpaugh est professeure associée au département d'Art et d'Histoire de l'art à l'université de Californie, Davis. Courriel : hwatenpaugh@ucdavis.edu].

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    Traduction : © Georges Festa - 01.2019



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    Lerna Ekmekçioğlu
    Recovering Armenia : The Limits of Belonging in Post-Genocide Turkey
    [L'Arménie retrouvée : les limites de l'appartenance dans la Turquie de l'après-génocide]
    Stanford University Press, 2016, 222 p.

    Armenian Voice (Londres), Autumn 2017, No. 70


    Recovering Armenia propose la première étude en profondeur sur les conséquences du génocide arménien de 1915 et les Arméniens qui sont restés en Turquie. Au lendemain de la Première Guerre mondiale, alors que les puissances alliées victorieuses occupaient les territoires ottomans, les Arméniens survivants regagnèrent leurs villes d'origine, espérant pouvoir créer une Arménie indépendante. Mais la résistance turque l'emporta et en 1923 les Alliés se retirèrent, la république de Turquie fut instaurée et les Arméniens à nouveau réduits à rebâtir leurs communautés au sein d'un pays qui les considérait toujours comme des traîtres.

    Lerna Ekmekçioğlu étudie comment les Arméniens retrouvèrent leur identité dans ce bouleversement politique. Analysant les textes et l'iconographie arménienne produits à Istanbul de la fin de la Première Guerre mondiale au début des années 1930, Ekmekçioğlu donne la parole à des personnalités marquantes de la communauté, notamment Haïganouche Mark, militante reconnue, féministe et éditrice de l'influent Hay Guin [La Femme arménienne]. Ces personnalités articulaient une arménité s'appuyant sur les différences de genre, alors que les femmes jouèrent progressivement un rôle essentiel, préservant les traditions, la mémoire et la langue maternelle au sein du foyer. Or, même si les femmes étaient honorées pour leurs fonctions traditionnelles, un puissant mouvement féministe trouva l'occasion d'influer sur la communauté.

    Au final, l'ouvrage explore ce paradoxe : comment être Arménienne et féministe dans la Turquie de l'après-génocide alors que, via ses lois et règlements, le moyen clé pour les Arméniens de préserver leur identité passait par des rôles traditionnels assignés au genre.        

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    Traduction : © Georges Festa - 01.2019



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    Soukias Soukoyan
    Memorias de un sobreviviente del Genocidio Armenio
    13 Mil Pajaros Ediciones, 2018

    par Facundo Sinatra
    Infobae (Buenos Aires), 24.04.2018


    [Ce livre est né il y a un siècle, quand Soukias Soukoyan, survivant du génocide arménien, entama un grand voyage qui le conduisit jusqu'en Argentine. Dissimulé durant des années au sein de la famille, ce journal autobiographique se propose de livrer à la mémoire collective un témoignage historique sur ceux qui durent abandonner leur terre, sans jamais perdre en eux l'amour de la vie.]

    "Ton grand-père adorait écrire, viens !" me dit un jour ma mère, alors que nous montions les escaliers conduisant à sa chambre. Elle se référait à mon grand-père, Soukias, un survivant du génocide arménien qui avait émigré en Argentine et qui était mort, alors que j'avais à peine deux ans. "Ils sont là," murmura ma mère en me montrant sept cahiers manuscrits en arménien, calligraphiés par grand-père.

    Elle en prit un en particulier. En l'ouvrant, je me suis demandé pourquoi il avait fallu tant d'années pour recevoir ce trésor d'intérêt non seulement familial, mais historique : je tenais dans mes mains les mémoires de mon grand-père, qui commençaient en 1914. Pour être précis, un an avant le début des tueries de masse contre le peuple arménien.

    Soukias Soukoyan était né en 1906 à Van, une ville de l'Arménie historique, actuellement territoire turc. Avant de s'installer à Buenos Aires en 1944, il dut passer par Tiflis, Bakou, Istanbul, Marseille et Montevideo. Il vécut en Argentine durant quarante ans et décéda en 1984. Je suis né en 1982, je n'ai donc pratiquement eu aucun rapport avec lui. Je n'ai pas de souvenirs directs de son visage et il n'existe même pas de photo où nous soyons ensemble. Voilà pourquoi la découverte de ses mémoires, de ce journal personnel, me donnait un moyen de répondre aux nombreuses questions que je me posais sur cette branche de ma famille.

    Le nom de mon père est Sinatra et ce marqueur fort d'identité a masqué durant des années mon côté arménien. Pourtant, j'ai encore des souvenirs d'enfance où des mots résonnent dans une langue que je ne comprenais pas. Non seulement des mots prononcés par des proches de ma mère, mais aussi des mots que je répétais. On me dit que j'avais une bonne prononciation pour les vers en arménien, alors que je ne comprenais rien à ce que je disais. Je me rappelle aussi des silences de ma grand-mère Anahid, l'épouse de Soukias, elle aussi survivante du génocide. Quand elle priait dans cette langue indéchiffrable, je me demandais ce qui lui arrivait.

    Mais ce n'est qu'à partir de l'adolescence, cette étape propice pour questionner l'origine de toute chose, que j'ai commencé à me renseigner sur mes origines arméniennes. Dès lors, combien de fois ai-je interrogé ma mère et tous mes proches aux patronymes se terminant en "ian" ! Les questions fusaient : qu'est-il arrivé aux grands-parents ? où sont-ils nés ? pourquoi sont-ils venus en Argentine ? c'est quoi l'Arménie ? c'est où ? on est Arméniens ? 

    Les réponses suscitaient de nouvelles questions et redoublaient mon envie de démêler cet écheveau d'événements traumatisants dans l'histoire de ma famille. Une famille qui avait été victime d'un génocide qui la traversait à chaque génération, de façon presque imperceptible.

    Quand je me suis retrouvé avec les mémoires de mon grand-père dans les mains, la mission m'est apparue incontournable : ces textes avaient attendu trente ans pour être publiés. La profusion, l'énumération des faits dans ces pages et l'ordre méticuleux dans lequel ils se déployaient dans le carnet le rendaient tout à fait clair. Mais j'avais un problème : tout était écrit dans une langue et un alphabet inconnus pour moi. Je me suis demandé alors si son contenu était intéressant, comment le traduire, si faire un livre avait un sens, qui pourrait m'aider.

    Le premier signe vint de la main d'un membre de la communauté arménienne, une femme solidaire qui proposa de traduire les textes de mon grand-père à titre bénévole, sans demander de reconnaissance; avec pour seul objectif d'apporter un témoignage de plus sur le génocide perpétré contre le peuple arménien.

    C'est ainsi qu'après une étude minutieuse, elle commença à m'envoyer par courrier électronique cinq ou six pages traduites. Je me rappelle encore l'émotion que j'ai ressentie à la réception de son premier envoi. Le texte était là et racontait la fuite de Soukias de sa ville natale, Van. Les circonstances dans lesquelles il abandonna sa terre pillée et détruite, à huit ans, avec une sœur de six ans et une mère sur le point de mourir. Il parlait de l'automne 1914 et je lisais ça au printemps 2014. Cent ans après exactement, nous retrouvions grand-père grâce à un lien qui résultait bien plus que d'une simple coïncidence.

    Les livraisons des traductions pouvaient mettre entre quinze jours et un mois. Entretemps, je trépignais d'impatience. Le processus entre ma rencontre avec les originaux et le moment où nous avons jugé cette mission accomplie a duré quatre ans. Le résultat de ce travail est un récit simple et en même temps merveilleux. Celui qui l'a écrit était un homme travailleur, chassé de sa patrie, qui dut parcourir la moitié de la planète et qui se retrouva à laver des tapis dans un petit atelier de Villa Soldati1, vivant à Pompeya2avec son épouse Anahid et leurs trois filles Aroussiak, Asdguik et Gloria.

    Les lecteurs contemporains de ces Mémoires d'un survivant du génocide arménien découvriront les mots d'un homme empreint de fierté et de nostalgie pour la terre qui l'a vu naître. Entre anecdotes personnelles et tableaux des traditions familiales, le lecteur partagera les stratégies des migrants arméniens pour survivre à la misère, les liens qui surgirent au sein et en dehors de la communauté pour résister à l'exil forcé...

    Que le récit se déroule en Géorgie, en Turquie, dans le sud de la France ou dans le Río de la Plata, l'exil de Soukias montre le dénuement et les mauvais traitements infligés à l'immigrant, l'indifférence des puissances mondiales à l'égard des peuples opprimés, et aussi la solidarité de tant d'autres. L'histoire de Soukias et sa vie ne sont pas roses, mais ses mots, loin de se complaire à narrer souffrance et misère, tentent d'être fidèles aux faits et, par leur simplicité, se font éloquents.

    Memorias de un sobreviviente del Genocidio armenio a pour ambition de livrer à la mémoire collective un témoignage, celui de tant d'autres qui n'ont pu raconter leur vie en raison des souffrances que cela entraînait en eux ou qui, s'ils l'ont racontée, n'ont pu l'écrire. Dans cette histoire de mon grand-père, nous tous et toutes qui avons plus ou moins un passé d'immigration obligée, nous pourrons nous identifier, car malheureusement les génocides perpétrés contre les populations ne sont pas la propriété exclusive des Arméniens.

    En cette 103ème commémoration du génocide contre les Arméniens, ces mémoires de mon grand-père invitent à ne pas oublier, à nous savoir présents dans la souffrance et avec elle, mais munis de l'enseignement de tous ceux qui, comme Soukias, abandonnèrent leur terre sans jamais perdre en eux l'amour de la vie. C'est grâce à eux que nous sommes là.                
       
    NdT

    1. Villa Soldati : quartier au sud de Buenos Aires.
    2. Pompeya : Nueva Pompeya, quartier voisin de Villa Soldati.

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    Traduction : © Georges Festa - 01.2019



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    Genocide in the Ottoman Empire: Armenians, Assyrians, and Greeks, 1913-1923
    Edited by George N. Shirinian
    Oxford - New York : Berghahn Books, 2017, 444 p.

    Armenian Voice (Londres), Autumn 2017, No. 70


    Les ultimes années de l'empire ottoman furent catastrophiques pour ses minorités non-turques et non-musulmanes. De 1913 à 1923, ses dirigeants ont déporté, massacré ou persécuté de multiples manières un nombre ahurissant de citoyens lors d'une tentative de réserver "la Turquie aux Turcs," créant un précédent moderne quant à la perpétration d'un génocide par un régime à des fins politiques, tout en se soustrayant largement à ses responsabilités.

    Si cette tragédie est surtout connue pour ce qui concerne le génocide arménien, peu de gens savent combien les sujets assyriens et grecs de l'empire ont souffert et trouvé la mort en raison de cette même politique. Cet ouvrage exhaustif est le premier à étudier globalement les génocides des Arméniens, des Assyriens et des Grecs de façon comparative, analysant les similitudes et les différences entre eux et proposant un cadre fondamental aux demandes contemporaines de reconnaissance.    

    [George N. Shirinian est directeur exécutif de l'Institut International d'Etudes sur le Génocide et les Droits humains, une division de l'Institut Zoryan. Il a notamment publié Studies in Comparative Genocide (Palgrave Macmillan, 1999) et The Asia Minor Catastrophe and the Ottoman Greek Genocide: Essays on Asia Minor, Pontos, and Eastern Thrace, 1913-1923 (Asia Minor and Pontos Hellenic Research Center, Inc., 2012).]

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    Traduction : © Georges Festa - 01.2019



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     © Routledge, 2017

    Conférence du professeur Hannibal Travis sur les génocides assyrien, arménien, grec et yézidi
    (Watertown Public Library, Watertown, MA - 27.10.2018)

    par David Boyajian
    Massis Post, 31.10.2018


    Les Assyriens et les Arméniens ont coexisté durant des milliers d'années et ont partagé  les mêmes vicissitudes. De sorte qu'en tant qu'Arméno-américain parmi une assistance de quelque seize Assyro-américains, je savais que j'étais avec des compatriotes.
    L'occasion était une conférence donnée par le professeur Hannibal Travis, intitulée "Le calvaire des réfugiés et le droit du génocide : Assyriens, Arméniens, Grecs et Yézidis," par un pluvieux et venteux samedi après-midi, le 27 octobre 2018, à la Watertown Public Library de Watertown, Mass. La manifestation était parrainée par l'Assyrian American Association du Massachusetts (AAAM).
    Le thème central de cette conférence était les génocides à l'époque de la Première Guerre mondiale - ainsi que les massacres antérieurs - des Assyriens, Arméniens et Grecs chrétiens, ainsi que des Yézidis, perpétrés par la Turquie ottomane et ses alliés kurdes. Le professeur Davis évoqua aussi la victimisation actuelle des Assyriens, des Arméniens et des Yézidis par les djihadistes islamistes et autres mouvances dans les conflits actuels en Irak et en Syrie.

    Le génocide assyrien

    Les invasions turco-mongoles de Tamerlan au 14ème siècle, rappela H. Travis, contraignirent de nombreux Assyriens vivant dans les montagnes au nord de la Mésopotamie (sud-est de la Turquie actuelle) à quitter les villes pour les plaines méridionales.
    En 1843, à Hakkari (sud-est de la Turquie actuelle), quelque 10 000 Assyriens furent massacrés et vendus comme esclaves par les tribus kurdes et les forces ottomanes.
    Les "massacres hamidiens," du nom du sultan ottoman Abdülhamid II, au milieu des années 1890, sont réputés n'avoir fait que des victimes arméniennes. Or 25 000 Assyriens environ ont eux aussi péri durant ces massacres.
    Lors de la Première Guerre mondiale, l'on estime que 250 000 Assyriens furent tués par la Turquie ottomane et des milices kurdes lors du génocide assyrien ou "Seyfo," qui signifie "épée" dans la langue assyrienne. Durant la même période, les forces d'invasion ottomanes massacrèrent aussi de nombreux Assyriens au nord-ouest de la Perse (Iran actuel).
    En 1915, expliqua Travis, les Assyriens tinrent des poches de résistance, comme à Aïn-Wardo (sud-est de la Turquie actuelle), contre les troupes turques et les bandits kurdes - similaires aux positions de défense arméniennes de Van et Musa Dagh à la même époque.
    Actuellement, 2 500 Assyriens environ considèrent l'Arménie comme leur patrie.

    Le génocide yézidi

    Les Yézidis ou Yazidis) furent eux aussi emportés lors des génocides qui ont submergé les chrétiens de l'empire turc au 20ème siècle.
    En Irak et dans la Syrie actuels, les Yézidis se retrouvent souvent assiégés par les djihadistes de l'Etat Islamique.
    La majorité des Yézidis se considère comme un groupe ethnico-religieux distinct. Ils parlent souvent la langue indo-européenne appelée le kurmandji, un dialecte kurde. Leur unique religion, le yézidisme, combine certains aspects d'autres grandes religions monothéistes.
    De nos jours, les Yézidis vivent principalement en Irak et en Syrie, tandis que 30 000 environ résident en Arménie.

    Hannibal Travis

    Hannibal Travis est professeur associé de droit à l'université internationale de Floride à Miami. Diplômé magna cum laude de la Harvard Law School en 1999, il est l'auteur de nombreux articles sur le génocide et le droit international, ainsi que sur l'internet, les affaires, le droit d'auteur et la législation antitrust.
    Il est l'éditeur de l'ouvrage The Assyrian Genocide: Cultural and Political Legacies, paru récemment (Routledge, 2017).
    Sa famille maternelle est originaire des régions anciennement assyriennes de Hakkari (Turquie) et Ourmia (Iran).
    Le prénom Hannibal, précise-t-il, est d'origine sémitique et attesté dans l'histoire des Phéniciens et des Carthaginois. Il signifie "la Grâce de Baal," Baal étant habituellement traduit par "le Seigneur."
    Travis est déjà intervenu lors de manifestations parrainées par des organisations arméniennes telles que l'UGAB, l'Armenian Assembly of America, la Centennial Project Foundation et l'Institute of Armenian Studies de l'USC [University of South California].

    Amis assyriens

    Lors de cette manifestation, je me suis entretenu avec Ninos Hanna et le professeur Sargon George Donabed.
    N. Hanna est président de l'AAAM [Assyrian American Association of Massachusetts] et spécialiste en communication et marketing. Sa famille maternelle est originaire de la province de Kharpert (Arménie Occidentale / Turquie), important pôle arménien avant le génocide de 1915. Sa famille paternelle est originaire de Diyarbakır et Mardin, au sud-est de la Turquie actuelle.
    Sargon Donabed est professeur associé d'histoire à l'université Roger Williams de Rhode Island. Il est l'auteur de Reforging a Forgotten History: Iraq and the Assyrians in the Twentieth Century (Edinburgh University Press, 2015) et de The Assyrians of Eastern Massachusetts (Arcadia Publishing, 2006). Sa famille paternelle est originaire de Kharpert.
    Je leur ai proposé d'aider à informer la communauté arménienne des manifestations et actualités assyriennes.
    Espérons que cela soit le début d'une plus grande coopération entre les deux communautés.           

    [David Boyajian est journaliste indépendant. Plusieurs de ses articles sont archivés sur http://www.armeniapedia.org/wiki/David_Boyajian.]
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    Traduction : © Georges Festa - 01.2019




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    Avédis Hadjian
    The Secret Nation: The Hidden Armenians of Turkey
    I.B. Tauris, 2018, 624 p.

    Armenian Voice ( Londres), Spring 2018, No. 71


    On a longtemps cru qu'il ne restait plus rien de la présence arménienne à l'est de la Turquie, suite aux massacres de 1915. Conséquence de ce qu'on a fini par appeler le génocide arménien, ceux qui ont survécu en Anatolie avaient été assimilés en tant que musulmans, la plupart perdant toute trace de leur identité chrétienne.
    En réalité, certains de ces survivants sont parvenus, ainsi que leurs enfants, au cours du siècle dernier, à dissimuler leurs origines. Beaucoup étaient des orphelins adoptés par des Turcs, ne découvrant leur "véritable" identité que tardivement à l'âge adulte. En apparence, ils sont Turcs ou Kurdes et, si certains sont musulmans pratiquants, d'autres continuent de cultiver des traditions chrétiennes et arméniennes à huis clos.
    Ces dernières années, un nombre croissant d'"Arméniens cachés" ont commencé à sortir de l'ombre. Encouragés par les prises de parole audacieuses de journalistes comme Hrant Dink, l'éditeur d'un journal arménien assassiné à Istanbul en 2007, l'attrait pour la liberté d'expression et la recherche d'identité s'est emparé de la région.
    Avédis Hadjian s'est rendu dans les villes et les villages qui comptaient autrefois de nombreux Arméniens, recueillant des récits de survie et de découverte auprès de ceux qui subsistent dans une région réputée dangereuse pour ceux qui y vivaient jadis. Cet ouvrage conduit pour la première fois le lecteur au cœur de ces communautés cachées, exhumant leur patrimoine et leur identité singulière.
    Dévoilant l'existence de gens pris au piège d'une histoire faite de déni depuis plus d'un siècle, Secret Nation constitue une lecture essentielle pour tous ceux qui s'intéressent aux conséquences du génocide arménien sur les lieux mêmes où les événements ont eu lieu.       

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    Traduction : © Georges Festa - 01.2019



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